Complainte d'une chômeuse

Complainte d’une chômeuse avertie

ou le journal d’une “sans emploi”

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                                          Madame, Monsieur,

 

         Après des études de Lettres Modernes; Arts Cinématographiques et Audiovisuels : Licence, Maîtrise, j’ai terminé mon cycle d’études par l’obtention du DEA Science des Textes et Documents, “Histoire et Sémiologie du Texte et de l’Image” à l’Université de Paris VII, c’est pourquoi je souhaite postuler pour le poste d’assistante d’édition (ou tout autre poste vacant susceptible de correspondre à mon profil !) puisque cela semble correspondre à mes attentes et mes compétences professionnelles.

 

En effet, j’ai pour ma part déjà pu faire mes preuves en tant qu’assistante au cours de divers stages dans divers lieux et divers domaines (festivals, production, pré-production, tournages… et j’en passe). Mais, c’est surtout les études et les expériences professionnelles, notamment mon poste au sein d’une maison d’édition, où j’ai pu développer des compétences complémentaires comme par exemple  le suivi commercial, qui m’ont conforté dans l’idée qu’évoluer dans un cadre tel que vous le proposez correspond tout à fait à mon projet professionnel et me permettrais de mettre mes qualités et ma culture à votre service. Mon expérience professionnelle m’a aussi bien sûr permis de développer certaines aptitudes que vous recherchez comme la rigueur, l’autonomie ou encore l’organisation, mais surtout une bonne orthographe et des qualités rédactionnelles nécessaires pour relecture et correction de textes. En effet, j’ai acquis des bases solides dans plusieurs secteurs qui m’ont apporté des connaissances certaines pour  la maîtrise des outils informatiques, la gestion de projets,  pour développer entre autre des capacités d’écoute et d’initiative dans le travail à accomplir.

 

En espérant vous exprimer de vive voix mes motivations, je vous prie de croire, Madame, Monsieur,  à l’assurance de ma considération.

 

 

 

 

“Les jours se suivent mais ne se ressemblent pas”. J’aimerai pouvoir dire cela, mais malheureusement, ce n’est pas le cas pour moi.

 

C’est aujourd’hui vendredi un jour comme les autres qui file et qui danse au gré des heures qui se perdent sans que jamais on ne puisse les rattraper… Banalité des mots mais douleur profonde des sentiments qui me submergent. Pourquoi le temps prend-il nos seuls moments de joies et emporte t-il peu à peu vers lui les  êtres qui nous sont chers… Tout change et se transforme comme si seul mon âme était toujours la même, et pourtant ne suis je pas à l’image des autres ? Tenter de mettre le passé de côté et se tourner vers demain. J’ai bien l’impression que je n’y parviendrai pas… Je n’y parviendrai pas et si  et si et si…

 

Lundi, j’ai fait ceci, j’ai répondu à tant d’annonce, quatre pour être précise. Mardi, j’ai continué, mais il n’y avait plus rien. Mercredi, j’ai fait de la piscine. Jeudi, j’ai essayé d’écrire mais je n’avais pas d’inspiration. Vendredi, toujours aucune réponse, j’ai alors décidé de dormir, c’était presque le week-end et j’avais sûrement droit à des RTT. Parfois, je planifie des entretiens, je ne peux rien prévoir, je peux juste espérer, attendre que l’on m’appelle. Mais, la plupart du temps on ne m’appelle pas, on ne me rappelle pas. Alors, parfois, c’est moi qui appelle, mais le cas échéant cela ne fonctionne pas vraiment.

 

Le premier mois après mon licenciement économique, plus exactement après mon inscription au ASSEDIC, j’avais la foi. Deux, trois entretiens, des missions que je qualifierai d’intérim même si ce n’est pas tout à fait cela. En décembre, il faisait froid et les réponses étaient plus rares, bientôt Noël, les vacances… pour moi c’est toujours les vacances : c’est faux. Je déteste les gens qui s’amusent à dire cela. En janvier, j’avais pris sept kilos, j’ai alors décidé d’entreprendre un régime et décidé que, puisque mes journées étaient longues, j’allais en profiter pour faire du sport. Février, toujours personne ne veux de moi, aucune entreprise, personne. Moi non plus je ne veux plus rien, je ne vais même plus au cinéma, je ne fais plus aucune expo, plus les boutiques, plus de soirées et bientôt plus d’ASSEDIC. Je me lève, je déjeune, je regarde mes e-mail et consulte mon répondeur, il est tôt. Pas d’annonce. Je me lave, m’habille, me maquille et me parfume. Pourquoi ? Sincèrement, je ne sais pas. J’allume la télévision, une série me rappelle mes années lycée, si j’avais su… Je me remets en recherche, je descends voir le courrier, je passe quelques coups de fil… Puis, après avoir persévérer, je rallume la télévision, on se sent moins seule. Après, vers quatorze heures, je décide de manger. Après, encore quelques coups de fil, des envois d’e-mail, lettre, Curriculum Vitae etc. Je décide d’aller prendre l’air, je prends l’air et je rentre, je regarde ma série, appelle mes parents ou des amis, je regarde à nouveau mes e-mail : dossier vide. J’écris un peu, si j’y arrive. Il est bientôt vingt heures, mon ami rentre du travail, du stage. Les entreprises raffolent des stagiaires. Demain, ce sera la même chose, à peu près, j’aurais peut-être mieux dormi que la nuit précédente, c’est tout. Mais surtout, après les infos du soir ou avant les rediffusions du soir, s’il vous plait messieurs ou Mesdames les présentateurs/trices, s’il vous plait, évitez de nous faire entendre que le chômage a baissé, je n’y crois pas. En plus, le chômeur n’est pas forcément un type sans qualification qui a arrête l’école à seize ans et qui ressemble à rien sauf à moi. Je sais il en existe plusieurs catégories d’où le fameux PROFIL. En mars, j’ai à nouveau la foi et ma plume devient ainsi complainte. Complainte d’une jeune fille de vingt sept ans trop bien éduquée qui aurait dû, alors qu’elle le pouvait, cracher à la gueule de ses professeurs, leur dire “merde”, ou encore brûler des cahiers, des voitures, sécher les cours, entreprendre un CAP, un BEP et avoir un travail. On m’a trompé ! Aux armes ! Non, non, moi je suis surqualifiée ou pas expérimentée, ou ci ou ça. Moi, depuis le mois d’août, j’ai pris un mois de vacance et sept mois de haine et de regrets d’avoir toujours obtenue une mention” BIEN” pour pointer au chômage. Toujours première de la classe mais mal conseillée, mal orientée, mauvais choix… Je suis dans la France d’en bas comme dirait l’autre alors que je rêvais, ou plutôt, qu’on m’avait promis la France d’en haut. Je croyais qu’à presque trente ans on avait droit, ou plus personnellement, j’aurais une maison, un enfant (ou plus enfin… faut voir), une carrière (c’est quoi ça déjà ?), un métro-boulot-dodo qui m’aurait plu, enfin un métro-boulot--apéro-dodo. Mais, j’ai n’ai qu’un studio, un chat et ma télévision. Si, internet, oui, une ouverture sur le monde ! Heureusement que mes indemnités de licenciement m’ont permis d’avoir un macbook et le web, je suis connectée à ce monde où je n’ai pas ma place. Je ne trouve pas ma place. Je refuse, et j’avoue, travailler à Mc Do non merci, bien que je me plais à y manger c’est plus abordable que le Fouquet’s. Je refuse d’être ce que je ne suis pas, et je préfère crever de faim ou mourir plutôt que de renoncer à mes rêves, je préfère mourir que de voir cette France qui me donne un arrière goût de rance. Une France qui se croit forte, mais les africains se meurt au loin, et moi je me plains, je me plains sans honte aucune. On nous a fait croire que…, et on ne nous dira pas que… Les révolutions ? Cela n’existe plus. Alors, je m’exulte comme je le peux, par mes mots qui ne se sont pas que les miens, par l’écriture qui se dérobe à ma raison… peut-être. “Car je suis dans la merde et je vous emmerde”, elle me plait cette phrase de Catherine. Je rêve encore même si je ne dors plus la nuit, si la nuit je ne dors plus, ou mal, Je ne serais pas écrivain car mon esprit cherche un travail mais mon travail n’a pas d’esprit car je n’en ai pas. Je ne corresponds pas à votre ligne éditoriale. Nous vous souhaitons d’aboutir rapidement dans vos recherches, malgré bien sûr, vos qualités que nous ne remettons pas à question. Car, malgré tout, on en a rien à foutre, votre gueule ne nous revient pas, et vos diplômes on le connait pas ou on a pas envie de vous payer à votre juste valeur et plus quelle hypocrisie, quel “politiquement correct”. On n’est pas dupe. On ne parle plus. On se tait. On a la bouche trop sèche pour s’exprimer.

 

J’ai eu mon Baccalauréat à 17 ans, c’était il y a dix ans, et dans dix ans je serai où ? Toujours rue Croulebarbe ou dans la rue, tout court, mariée ? Divorcée ? Ou à Passy dans un hôtel particulier…Quoiqu’il en soit, je serais MOI et accomplirai ce que je dois en tant que personne, femme et citoyenne. Sincères Salutations.

 

J’écris toujours “Madame, Monsieur” alors que je voulais dire “Madame, Monsieur,  Bonsoir”. Je me parle à moi-même car je me sens seule, et je deviens comme schizophrène. Je fais du sport avec des grand-mères car il n’y a qu’elles qui n’ont rien à faire aux heures de pointes. Je mange peu, mal ou trop le soir. J’écoute des chansons tristes qui ne me font rien, je suis comme hermétique. Je paye mon loyer, l’électricité, je fais mes courses et je cuisine. Je fais l’amour. Je fume, je bois (pas trop avec modération bien entendu) mais je ne me drogue pas. Je suis plutôt “class” quand je le veux, pas trop moche, voire mignonne, et si parfois je me fringue chez Taty c’est parce que c’est moins cher que chez Morgan, mais je reconnais que parfois, ben… ce n’est pas beau, alors je craque et  je vais chez Mango.

 

Je connais les séries par cœur, celles du soir, pas de la journée, car à part le Destin de Lisa, je me l’interdis. Quoique je comprenne aussi que les grand-mères regardent les Feux de l’amour car Victor Newman il est vraiment méchant ! Et ça d’ailleurs ça finit par vite me déprimer, je ne sais pas pourquoi. J’aimerai bien peut-être, moi aussi, me taper des mecs plein d’fric, mais je ne suis pas une pute, et en plus je suis fidèle à mon homme. Je ne crois plus vraiment en Dieu, un peu encore en moi, c’est tout, c’est déjà bien.

 

    Précaire, je suis précaire, et alors ?

 

    Sur un post-it, il est noté : candidature mars 62, février 76, janvier 80, décembre 23; assistante d’édition, documentaliste, assistante de production, hôtesse d’accueil, assistante de merde, je sais faire, je ne sais pas faire, je ne parle pas anglais ou mal, normal, je ne voyage pas j’ai un atelier ANPE.  Je ne sais plus rien faire, c’est cela que je crois. Madame mon conseiller, merci, mais pas comme cela… ce n’est pas possible. Je sais que des connaissances n’ont pas la chance d’avoir un aussi bon conseiller mais je ne veux pas de cette chance, je veux un emploi, un emploi, un travail, un job, une activité, une carrière, un emploi, être une femme active, une femme Barbara Gould. Des fois, à la télévision, je m’informe, me documente, je vois Sarko ou Ségo ou d’autres, ils me font sourire (ça m’arrive et plus que l’on ne croit) avec leur belles paroles enfin peut-être que dans un mois j’aurais ce travail tant attendu. Comme le dit si bien Lara Fabian (oui enfin ce n’est pas une de mes références habituelle, mais bon.) “j’y crois encore on est vivant quand on est …” “Mort”? !

 

Je ne veux que croire à leurs paroles.

 

    Aujourd’hui, motivée. Demain, midi, pas lavée, pas mangé. Jeudi, maquillée, apprêtée. Mardi, décoiffée, cernée… Des fois, c’est bien, je me plais à penser que je ne suis pas stressée, c’est faux ; je suis plus angoissée qu’une huître qui n’aura jamais de perle, ou que personne n’ouvrira. Quelle belle métaphore ! Sans travail, je me répète : pas d’appart, pas d’enfant, pas de vie…de vie sociale… ce n’est pas cela la vie. Seule chose que j’ai compris. Super. Mon téléphone sonne. Ah, non, c’est … Oui. OK. Ca va, merci… A plus. Ciao.

 

    “Et tu fais quoi dans la vie ?” Cette éternelle question que l’on te pose quand tu sors enfin boire un verre, tranquille, ou quand tu vas chez des amis et que par malheur une ou deux personnes ne se connaissent pas. Dans la vie, moi ? Je ne fais rien, je suis sans emploi. Je glande quoi. Qu’est-ce que cela peut m’énerver, je suis sûre que cette fille ou ce garçon, celui qui pose cette question, est encore plus gêné que moi. Ou alors, il a des a priori, ou il s’en fiche…  Oui, je suis sans emploi, mais oui je me lève le matin, et c’est vrai que des fois, par contre,  quand je n’ai aucune raison de sortir je finis toujours par prendre l’air, car c’est vrai que dans un quinze mètres carré on a tendance à vite s’asphyxier. Et puis, on sort, on s’achète un pain au chocolat à un euro, on regarde les immeubles où on habite pas, les voitures qu’on aura pas. Et puis, et puis, on croise un lycéen, un collégien et là, là on a envie de lui dire : arrête ! Ne te fais pas … (bip). Ne te prend pas la tête ! Il parait que dans le bâtiment ils recherchent, ou sinon fait fonctionnaire ils suppriment des postes actuellement mais bon, c’est la planque. Non ! Y’en a qui sont trop “cultivé”, culture ? Oh, pardon, oui, c’est un gros mot, alors il ne te reste plus qu’à faire Science Politique ou une grande école de commerce, éventuellement, si toutefois, tu ne deviens pas trop bête ça peut t’apporter beaucoup. Et surtout, surtout, soit altruiste, toujours, caresse dans le sans du poil, ait du culot. Devient JR, tu sais, comme dans Dallas, y’a que comme cela que peut-être… Mais, non, ne t’inquiète pas, tu n’auras pas à payer ma retraite, je n’en aurais pas, toi non plus, mais ce n’est pas grave, tu t’en sortiras. Je le sais. C’est déjà ça, non ? Je ne suis pas la seule, dans ce cas, je ne serai jamais la seule dans ce cas, je parle au nom de vous tous, je représente à travers ces bribes de phrases alignées, la pensée profonde de ce que parfois on se plait à designer comme “la génération sacrifiée”.

 

 

Céline Martini (c’était donc moi !!!)

Toute ressemblance est…fortuite

 

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