Les Contes du Tiroir

Préface : Découvrez un univers intime rappelant les Contes d’antan à travers des personnages nouveaux. Faites connaissance avec un ogre plutôt sympathique, une princesse qui s’ennuie, une autre un peu trop curieuse …

Les Contes du Tiroir est le premier recueil de contes de Michaëla Degui, ils se composent de trois savoureux petits contes qui se laissent déguster.

 

« Il était une fois un ogre très gros, très laid et très poilu. Il était si imposant et si impressionnant qu’il terrorisait tous les enfants des contrées voisines. Pourtant, tous ses amis ogres se moquaient de lui et il était la risée de toute sa famille. L’ogre velu, qui se prénommait Boris, ne savait pas crier.» […]

 

 

Les Contes du Tiroir

 

- L’Ogre Lumineux   

- Conte d’une petite fille solitaire 

 - Havalina au royaume de Lazare

 ou La petite fable sanglante de la curiosité page 17

 

 L’Ogre Lumineux

 

 

  Il était une fois un ogre très gros, très laid et très poilu. Il était si imposant et si impressionnant qu’il terrorisait tous les enfants des contrées voisines. Pourtant, tous ses amis ogres se moquaient de lui et il était la risée de toute sa famille. L’ogre velu, qui se prénommait Boris, ne savait pas crier. Il avait une voix fluette et n’aimait pas la chair fraîche. Il se nourrissait essentiellement de noisettes et de feuillages.

 

Etrange, pour un ogre, un ogre végétarien. Un jour qu’il se promenait dans la forêt, il croisa son voisin Grégoria.

- Hé Boris ! Bouh ! Tu m’as fait trop peur ! Dit-il en ricanant.

- Bonjour Grégoria

- Alors, on chasse des noisettes ?!

Il partit en rigolant bêtement.

 Boris savait bien que tous ces ogres étaient stupides, mais il était très triste que sa famille ne le comprenne pas. Sa mère disait souvent :

- Un ogre aussi grand, aussi fort, aussi terrifiant et impressionnant, le plus costaud de mes sept fils et l’aîné de surcroît ! Il n’est même pas fichu de faire de mal à une mouche !

Son père lui avait même dit que si le dimanche suivant à la chasse il ne ramenait aucun petit enfant perdu pour le repas, il le chasserait définitivement du domaine familial. Boris était fort en peine, il ne voulait pas faire de mal. Malgré tout, les enfants avaient très peur de lui. Il était donc condamné à errer seul à tout jamais et rejeté de tous.

 Un beau jour, il croisa une petite fille avec des couettes rousses. A sa vue, elle partie en courant à toutes jambes, puis voyant qu’il ne la poursuivait pas, elle le fixa de loin.

Le dimanche suivant, Boris participa à la chasse traditionnelle, et comme ce qui devait arriver arriva, il rentra bredouille et fut expulsé du domaine. Il passa ses nuits, seul, dans la forêt. Les lutins, les lapins de garenne et autres licornes à poils longs se riaient de lui, de cet ogre différent.

- Eh ! L’ogre ! Attrape-moi si tu peux ! Disaient-ils tous en chœur.

Boris ne réagissait pas. Alors que le matin se levait tout juste, Boris sentit un chatouillement sur le mollet, une petite fille le tapait sur la jambe.

- Salut l’ogre !

La petite fille avait deux couettes rousses attachées par des gros nœuds rouge et vert, elle portait une jupe-culotte en soie et un joli collier en pierres précieuses.

A son habitude, Boris ne réagissait toujours pas.

- Je sais bien moi que tu es un ogre gentil !

- Va t’en petite sotte sinon je vais te manger toute crue !

- Viens me chercher alors ?

L’ogre se mit à fondre en sanglot. La petite fille le consola.

- Un ogre gentil ça n’existe pas. Qui es-tu donc ? Reprit l’ogre.

- Je m’appelle princesse Lolisa du domaine de LuCyillol. Ravie de faire ta connaissance. Es-tu bien un ogre de la contrée voisine ?

Elle fit une révérence à l’ogre.

- Oui, je suis Boris et je suis bien un ogre, un vrai…

Après quelques échanges, ils se lièrent d’amitié et passèrent ainsi de nombreux jours ensemble à s’amuser comme des petits fous à travers les bois, les villages…Ils rirent beaucoup. Si bien qu’un jour, Lolisa voulut le présenter à sa famille.

- Non, je ne veux pas. Ils auront peur de moi.

- Mais non ! dit Lolisa. Tu es mon ami.

Lolisa arriva dans son village avec Boris. Dès que l’ogre mit un pied dans les terres tous les gens prirent la fuite en criant. La famille de Lolisa eût très peur, si peur, qu’elle chassa l’ogre à coup de pierre et Boris repartit seul se tapir dans les recoins les plus éloignés du bois voisin. Lolisa dit à sa famille qu’ils étaient tous méchants de réagir ainsi. Mais, elle fut punit et ne put sortir de sa tour pendant un long temps. Lolisa était la fille du Roi et de

et vivait dans un magnifique château dans les hauteurs d’un village qui s’appelait « LuCyillol ». Elle se devait de montrer l’exemple et d’avoir une tenue digne de son ascendance royale.

 

Boris, pour sa part, crut que Lolisa l’avait oublié et il pleura toutes les larmes de son corps (c’est-à-dire beaucoup car il était bien gros et grand). Il pleura tellement qu’il fit déborder le ruisseau voisin ! Lolisa de son côté eut une idée. Une fois sa punition levée, elle partit aussitôt à la recherche de Boris. Elle marcha à travers bois et forêt, parcourut plusieurs villages à dos d’âne ailé.

Epuisée, fatiguée mais motivée, elle ne lâcha pas prise. Au bout d’un certain temps, elle finit par le trouver. Quant il l’aperçut souriante, il lui sauta au cou ! Elle fut légèrement étouffée par ce geste, forcément…quant un ogre vous saute au cou !

- Ecoute-moi, allons ensemble trouver le sorcier pour qu’il te donne forme humaine.

- Mais il n’existe pas, voyons ! Ce sont des légendes !

- Bien sûr que si ! Suis-moi…

Ils marchèrent longtemps, pendant des heures entières…Le jour allait bientôt tomber quand ils virent une cabane en bois. Ils racontèrent le problème au sorcier. Ce dernier concocta une potion. Cependant, il y eut un problème. Il manquait un ingrédient essentiel : de la poudre d’étoile.

- Comment ? dit la petite Lolisa. Cela n’existe pas !

Le sorcier ricana dans sa barbe (alors qu’il n’en avait pas !)

- Bien sûr que si ! Ca existe ! répondit Boris.

- Suis-moi…

Lolisa sourit. L’ogre l’emmena au bord de la rivière mitoyenne. Il écrasa des pierres, plus exactement des ardoises argentées. Il en fit de la poudre, qu’il mit soigneusement dans un petit sac en osier renforcé par un fin tissu de soie que lui avait confié le sorcier. Ils retournèrent ensuite à la cabane. Le sorcier leur dit à peu près ces mots :

- Bravo ! De la poussière d’étoile ! Aussi vrai que ce qui arriva, l’ogre devint humain, encore plus humain qu’il n’était déjà.

- Mais tu n’as pas changé ? Tu es le même !  s’exclama Lolisa.

Le sorcier dit tout bas :

- Va voir ta famille et conte leur l’histoire de l’ogre lumineux qui trouva la poussière d’étoile.

Lolisa, l’ogre Boris et le sorcier se saluèrent.

En chemin Lolisa et Boris croisèrent Grégoria qui poursuivait deux petits enfants égarés.

- C’est Foli et Boulo ! Non d’une licorne à pois ! Boris ! S’il te plaît fais quelque chose !

A ces mots Boris rugit ! Il rugit si fort qu’on aurait dit que sa voix avait enfin muée. Il attrapa les pieds velus et larges de Grégoria et ce dernier tomba la tête la première sur un rocher. Grégoria vit plein de petits oiseaux et perdit connaissance. Boris dit aux deux enfants égarés de fuir à toutes jambes. Foli et Boulo firent un signe de la tête et racontèrent à tout le monde ce qui s’était passé. Mais Grégoria se releva et prit dans sa main Lolisa.

 - Repose-là immédiatement ! dit Boris

 - Je vais en faire mon quatre heure ! Miam ! Elle a l’air si jeune et si fraîche. Peut-être devrais-je là garder pour la faire mijoter  avec un peu de sarriette … ?

A ces mots, Boris arracha un arbre et frappa sur Grégoria de toutes ses forces. Avant que son corps n’atteigne le sol, il réussit à prendre possession de Lolisa, effrayée mais heureuse. Il lui jeta délicatement de la poussière d’étoile sur le corps et Lolisa se sentit revivre. Il l’accompagna discrètement jusqu’à LuCyillol où la petite fille retrouva sa famille et ses amis. Puis, il partit. Ils prirent rendez-vous pour le jour suivant à l’orée des bois fauves pour aller ensemble s’imposer à LuCyillol. Boris était très angoissé, mais Lolisa paraissait apaisée et confiante. Pendant la nuit, autour d’un feu, elle avait raconté à sa famille et aux gens de son village l’histoire de Boris sauvant les deux garnements Foli et Boulo et la sauvant elle des griffes de l’infâme ogre Grégoria. Lorsqu’ils arrivèrent ensemble, main dans le doigt, ils entendirent de la musique, des cris de liesse, des odeurs de repas, de gâteaux. C’était la fête ! La fête pour Boris. En effet, tous portaient un regard neuf sur l’ogre Boris, il était devenu le sauveur, le héros. Il n’était plus ogre malgré son apparence mais un humain parmi les humains.

 

De plus, tous connaissaient la légende de la poussière d’étoile : il y a bien longtemps un sorcier avait jeté un sort maléfique dans la forêt et les toutes les terres avoisinant LuCyillol, le sortilège apportait misère et pénurie sur le royaume, auquel s’ajoutait la menace constante des ogres. Seul celui qui réussirait à trouver de la poussière d’étoile deviendrait le protecteur lumineux du royaume. Ainsi, l’ogre Boris fut celui-là. A partir de ce jour, ils virent tous Boris comme un protecteur et ils vécurent heureux tous ensemble. Malgré tout, ils n’eurent pas « beaucoup d’enfants ». La légende se poursuit tout de même, celle d’un ogre lumineux, qui aurait trouvé de la poussière d’étoile.

 

 

Moralité :

Le regard n’est pas figé, il faut juste lui montrer le chemin…La Confiance en soi et la Confiance donnée aux autres est au centre de l’humain.

 

 

CONTE D’UNE PETITE FILLE SOLITAIRE

 

 

 Il était une fois une petite fille aux cheveux bruns bouclés qui vivait dans une grande et belle maison en pierre, si belle qu’on aurait dit un château. La campagne alentour et le paysage étaient d’une splendeur inégalable. On pouvait y apercevoir des grands arbres verts, des buissons dorés, des chemins fleuris et de grandes prairies. Il était question du domaine forestier anciennement appelé FONBELLIT. La famille de la petite fille vivait ici depuis de nombreuses générations. Cependant, sa famille était assez étrange, ils vivaient tous reclus, coupés du monde extérieur. Malgré tout, en son sein, on s’y sentait bien aise et en paix. La petite fille qui n’avait ni frère, ni sœur, se nommait Opaline. Elle était d’une rare beauté, ses cheveux étaient les plus longs et les plus beaux de tout le pays, elle portait souvent de grandes robes roses, si roses que de loin on aurait pu la prendre pour un bonbon géant. Opaline était très timide, douce, gentille, aimable, et faisait la joie de son père et de sa mère. Opaline était aussi très gourmande, elle adorait les sucreries et surtout les biscuits au chocolat que lui préparait sa mère-grand lors de ses visites semestrielles. Elle aimait les déguster sur son grand fauteuil en velours rouge avec une boisson pétillante qui lui chatouillait le palais à chaque gorgée. Opaline s’amusait et riait d’un rien, et quand elle éclatait de rire on aurait dit que le monde entier souriait et s’offrait à elle. Sa vie, c’était le bonheur, c’était son paradis. Elle était différente des autres car en elle, elle possédait la joie de vivre. En sa compagnie, elle avait plein d’animaux en tous genres : des licornes, des lézards, des renards, des oiseaux-cygnes, des perroquets arc-en-ciel, des douts (très rares et en voie de disparition), mais aussi des chiens, des chats, des pigeons, des poules, des lapins. Elle disposait également de jouets merveilleux et précieux, elle en comptait par milliers, et elle les faisait vivre dans un univers bien à elle. Elle était reine dans son royaume. Elle était dieu dans son monde à elle.

Elle pouvait passer des heures entières à jouer. Elle comptait plus de vingt poupées « enfants », des poupées originales et précieuses qu’elle élevait depuis toujours : Sabrina, Cathy, Marine, Lucie, Cécile… Elle tirait les ficelles de tous ses objets inertes. Elle faisait vivre des peluches (une denrée rare à l’époque !) qui ainsi devenaient ses amis, ses ennemis, elle les chérissait, les punissait, les embrassait. Elle s’inventait des histoires des plus farfelues, réalistes, irréalistes, tragiques ou comiques.

- Toi Zaza la girafe tu seras mariée à l’âne Flip

- Toi pouffi à la mer !

- Et toi je te félicite tu as bien travaillé à l’école

- « Oui maman Opaline »  disaient-ils souvent

- « Je suis en retard, maman » disait Luxi

- « J’ai tâché ma robe… » …

 

Elle prenait une figurine femme, une figurine homme, des autres figurines encore susceptibles de s’assembler … concevait une micro-famille, faisait parler les ours, liaisons dangereuses, liaisons d’amour, haine…

- Pauvre famille misérable vivant dans la pénurie…que faire pour s’en sortir…

- Quoi ! Comment tu m’as trompé ! Trop dur !

- Je t’aime pour toujours Alyssa…

 

Durant de très longues années, elle se contenta de ce bonheur éphémère. Mais, un beau jour, elle n’eut plus goût à rien. Se levant, elle avait perdu l’appétit. Ses biscuits au chocolat n’avaient plus aucune saveur, sa boisson pétillante était fade et plate. La petite fille aux cheveux bruns ne croyait plus en rien. Ses jouets étaient devenus immobiles. Ils ne lui parlaient plus.

- Zaza, alors ? Comment va Brico aujourd’hui ?

- Zaza ?

- Pourquoi tu ne me réponds  pas ?

- Bon, Viens Emmanuelle, allons prendre le thé …

- Mais…Tu viens oui ou non !

- Emma ?...

- Décidément je ne sais pas ce que vous avez tous aujourd’hui !

- Dame Lucie ? Dame Cécile ?Puce ?...

Tout n’était que silence. Tout était vide et calme. Pas un mouvement, plus aucun bruit.

 

Opaline contemplait chaque jour le plafond, le ciel, les nuages pendant de longues et tristes journées. L’été, elle parlait au soleil, mais elle avait trop chaud. L’hiver, elle parlait à la neige, mais elle avait trop froid. En automne, elle donnait des coups de pieds aux feuilles mortes. Enfin, ce fut au printemps, qu’elle s’assit au bord d’un fossé, et qu’elle aperçut au loin une lumière qui scintillait. Eblouie, elle se frotta les yeux. Devant elle, se tenait une petite dame vêtue d’habits de lumière, avec de grandes ailes transparentes et un magnifique chapeau pointu. Dans sa main droite, Opaline pouvait apercevoir une baguette magique en cristal violet.

- Bonjour Opaline. Tu ne me connais pas encore. Pourtant, je veille sur toi depuis bien des années, d’ailleurs depuis toujours…J’étais présente à ta naissance, à ton baptême, le jour de tes premiers mots, le jour de tes premiers pas… je suis ta marraine, la fée Abrahna.

Opaline dévisageait cette petite dame avec attention.

- Tu sais Opaline, je t’observe depuis quelques temps. Tu as l’air si triste ? Comment se fait-il qu’une petite fille comme toi soit si solitaire ?

Opaline ne savait que répondre. Elle regardait toujours fixement la fée.

- N’aies pas peur de moi… je veille sur toi.

Opaline lui tendit une fleur rouge.

- Veux-tu un coquelicot bonne fée ?

Puis, elle lui tendit un bouquet de bleuets mélangés à des pissenlits.

- Peut-être préfères-tu des pissenlits ou bien encore des bleuets ? J’en ai ramassé un grand nombre, mais je n’ai personne à qui les offrir…ma mère en a déjà plein. Cela me ferait bien plaisir que tu les acceptes…

Abrahna prit le bouquet et le porta à son visage.

- Je suis si triste à l’intérieur. Plus rien n’a de goût, mes amis sont sans vie et ne parlent plus.

- Tu grandis Opaline. Tu t’ennuies.

- Mais personne ne veut jouer avec moi. Je me sens si seule.

- Il faut te trouver une véritable amie.

- Mais comment ? demanda Opaline. Il n’y a pas d’autres enfants à la ronde, et même s’il y en avait, ils ne me verraient même pas. Je suis si timide et personne n’ose me parler.

La fée Abrahna tendit à la fillette une pierre rose de forme étrange. On aurait dit une petite souris…

- Prend cette pierre. Suis ce conseil : si tu as peur ou si tu te sens affolée pour quelque raison que ce soit, à n’importe quel moment que ce soit, serre cette pierre très fort dans la paume de ta main en répétant « nima nimi niti zaza ! ». Et là, la magie demeurera…

La fée Abrahna disparut.

 

 Le lendemain, Opaline jouait vers le même fossé avec des cailloux en ivoire. Une petite fille aux cheveux d’or s’approcha d’elle.

- Bonjour ?

Opaline serra fort au creux de sa main la pierre que lui avait donné la fée en répétant dans sa tête nima nimi niti zaza ! Elle prit son courage à deux mains.

- Bonjour…moi…je m’appelle Opaline et j’habite ici depuis toujours.

- Je m’appelle Aurinah et je vis à la croisée des chemins…tout là-bas en face, je viens d’emménager au manoir de Saint-Victorien.

- Tu as bien de la chance, on dit que ce manoir est l’un des plus magnifiques de tout le pays.

- Il est vrai, mais seule, je m’ennuie un peu…

- Veux-tu être mon amie ? dit doucement Opaline

- Acceptes-tu de me prêter un de tes cailloux en ivoire ? demanda Aurinah

Opaline sourit.

- Bien entendu. Cela me fait même plaisir.

La pierre qu’elle tenait dans sa main frémit et devint bleue.

 

 Les deux petites filles avaient le même âge, Opaline était plutôt grande et maigre et Aurinah de plus petite taille et assez boulotte, mais elles avaient toutes les deux le cœur pur. Leur famille était assez aisée mais elles n’étaient pas de sang royal. Aurinah avait des yeux verts telle la vipère et Opaline les yeux d’un bleu saphir. Elles commencèrent à se lier d’amitié et passèrent la majeure partie de leur temps ensemble. Elles gambadaient à travers bois et champs ; elles s’inventaient des vies ; rêvaient au prince charmant qui un jour les emmènerait sur son cheval blanc.

Souvent, elles se disaient :

- Opaline, tu es la sœur que je n’ai jamais eue…

- Aurinah, tu resteras à jamais mon double, ma meilleure amie…

Opaline et Aurinah s’habillaient la majeure partie du temps de manière identique, avec des couleurs différentes. Elles choisissaient pour leurs anniversaires respectifs des cadeaux similaires. Elles dormaient souvent l’une chez l’autre. Elles ne se quittaient plus. Chacune faisait partie intégrante de l’autre. La terre aurait tremblé, le ciel aurait grondé, si un jour quelqu’un ou quelque chose aurait voulu les séparer. Elles s’étaient promis de rester ensemble pour l’éternité.

 

 Un beau jour, Aurinah vint trouver Opaline. Elle avait les larmes aux yeux.

- Qu’as-tu donc Aurinah ?

Je devais cueillir des fruits des bois pour ma mère-grand sur le chemin. J’en avais ramassé un panier plein, quand soudain j’ai entendu un bruit sourd. J’ai couru de toutes mes forces, j’avais cru voir le loup. C’est là que mon panier s’est renversé et que les fruits se sont écrasés par terre et ont tâché ma jolie robe. Je ne pourrais plus en ramasser autant et mère-grand va me gronder… car je serai en retard.

- Je ne peux rien faire pour ta robe, par contre, j’ai une idée. Allons ensemble cueillir d’autres fruits des bois, à deux nous irons plus vite et je t’aiderai à les porter à ta mère-grand.

- Tu ferais ça ?

- Bien sûr. Tu es ma meilleure amie.

La pierre devint blanche et frémit dans la main d’Opaline.

Après avoir demandé la permission à ses parents, Opaline et Aurinah partirent dans les bois. Elles ramassèrent un panier rempli de fruits des bois ainsi que des amandes douces qui faisaient la réputation du pays. Soudain, Aurinah entendit le même bruit sourd que quelques heures plus tôt.

- C’est le loup ! C’est le loup, Opaline !

- Mais, non … ce n’est qu’un petit renard qui doit se tapir dans le buisson !

Opaline s’avançât tout doucement vers le buisson, une grosse pierre à la main. Méfiante, elle marchait à petits pas. Tout à coup, un gros écureuil sortit du buisson. Opaline et Aurinah sursautèrent.

- Hé ! Mesdemoiselles ! N’ayez pas peur ! Je ne suis point le loup !

- Maudit écureuil ! Tu nous  as fait peur ! s’exclama Opaline

- Désolé… mais j’ai moi aussi le droit de cueillir des amandes ! Il n’y a aucune loi qui empêche les écureuils de ramasser des fruits secs que je sache…

Il partit, vexé, la queue en panache et une amande dans la gueule… Les fillettes se mirent à rire…

 

Un autre jour, par une rude après-midi d’automne, Aurinah frappa au carreau de la fenêtre, un sac rempli de poupées multicolores dans les bras. Opaline l’avait invitée à jouer dans sa chambre. Ensemble, elles avaient mélangé leur deux univers imaginaire pour créer le leur. Tous les jouets avaient repris vie.

- Bonjour taty Aurinah se prêtait à dire Marine

- Bonjour tante Opaline disait Kathia…

- Alors, il revient me voir quand mon copain le lapin ? disait souvent pouffi (d’ailleurs il en devenait un peu lourd !)

Après un long moment, Aurinah vint trouver Opaline qui était de l’autre côté de la pièce, coiffant une de ses poupées-enfant.

- Je ne mérite plus que tu me parles. Je suis mauvaise.

- Opaline ne comprenait pas.

Aurinah tenait dans sa main une tête d’hamster en peluche.

- J’ai tué Sorbetin. Sa tête s’est coupée alors que je le lavais dans la baignoire. Je ne savais pas trop comment te le dire… Si tu savais à quel point cela m’attriste…Je m’en excuse profondément…

Opaline était atrocement triste et en colère. Sorbetin, son hamster ! Son tout ! Son fils ! Comment cette monstrueuse petite fille avait-elle pu commettre un acte aussi horrible.

- Je n’y crois pas ! Je te prête tous mes amis, je te laisse les chérir et les amuser… et toi… Sale sotte ! Tu les maltraites ! Assassin ! Tueuse de hamster ! Va t’en ! Je ne veux … plus jamais…te revoir !

Malgré tout, et malgré ces mots, elle serra fort sa pierre en forme de souris.

Aurinah prit son manteau sur le rebord du lit d’Opaline. De grosses larmes coulaient sur son visage d’ange. Un instant passa comme si le temps s’était figé. Aurinah était sur le point de franchir le seuil de la porte. Quand, soudain, Opaline prit Aurinah dans ses bras. Elle lui murmura …

- Après tout, c’est pas si grave…ça arrive…Je te pardonnes… Excuse-moi aussi …j’aurais pas dû dire tout ça… dit Opaline

La pierre scintilla et disparut de la main d’Opaline.

 

  Le surlendemain, les deux amies allèrent ensemble chercher de l’eau à la rivière pour leurs familles respectives qui commençaient à devenir également proches. Sur le chemin, elles croisèrent une vieille dame qui ressemblait étrangement à la fée Abrahna.

- Bonsoir mesdemoiselles. Ah…je vois bien que vous êtes les meilleures amies du monde. Vous êtes chanceuses. Vous connaissez donc les vertues de base de l’amitié : partage, protection et pardon. L’amitié est un sentiment pur et innocent. Gardez à tout jamais ce don si précieux…

Après avoir entendu son propos, les deux fillettes saluèrent la vieille dame qui prit congé. Elle partirent en se donnant la main, tout en cheminant en chanson : « dans ce monde interplanétaire où je plane, plane, plane au dessus de la terre…» (Très futuriste pour l’époque !). Malheureusement, au fil du temps, Aurinah et Opaline se perdirent de vue… Quelques années plus tard, Aurinah déménagea dans un royaume lointain et essuya grande perte. Opaline fit également sa route et devint Reine d’Aixrispa, connut sa somme de bonheurs et ses propres malheurs. Aujourd’hui, les poupées d’Opaline sont dans un placard. Opaline vit avec son prince charmant, et dans son cœur, le souvenir demeure, elle repense souvent à Aurinah.

Il est une rumeur qui dit que la fée Abrahna serait la marraine de l’humanité, et qu’elle veillerait sur chacun de nous pour l’éternité.

 

 

Moralité : Gardez, gardez le plus longtemps votre pureté d’âme, la fée Abrahna veille sur vous …

 

« Anne, ma sœur Anne ne vois-tu rien venir ? »

 

Anne ne voyait rien ni personne venir. In extremis, pourtant la femme de

bleue fut sauvée de cet abominable et terrible monstre qui fait encore trembler les petits mais aussi les plus grands.

 

 

L’histoire que je vais vous raconter vous ne la connaissait sans doute pas. Pourtant, il semblerait qu’elle se soit déroulée il y a très longtemps dans une contrée très très lointaine. A l’image de l’histoire de

bleue, la curiosité de la princesse Havalina, c’est ainsi que ce nomme le personnage, a été plus grandement punie. Que vous croyiez ou non à cette fable, qu’elle ce soit bien ou mal terminée, sachez juste qu’Havalina n’a pas eu autant de chance que la femme de

bleue… Si vous aussi vous voulez céder à la tentation, laissez-vous aller à la curiosité et écoutez ce récit que vous n’entendrez pas ailleurs… Ne vous inquiétez pas vous de risquez rien de terrifiant, si ce n’est l’émerveillement …  

 

HAVALINA au royaume de LAZARE

ou

La petite fable sanglante de la curiosité

 

Il était une fois dans une contrée très très lointaine, une jeune femme appelée Havalina qui, depuis peu, avait rencontré un prince et avait quitté son hameau natal et sa mère grand avec qui elle avait vécu depuis sa tendre enfance. Dès son arrivée au château de Vasalia Vasirum, ainsi se nommait le domaine du roi Lazare, père du prince qu’allait épouser Havalina, elle se sentit très en joie. Malgré tout, elle ressentait une impression étrange. Au bout de quelques jours, la préparation des noces et la rencontre avec la famille du prince lui firent oublier son pénible sentiment. Le roi Lazare était veuf depuis déjà un certain temps, et avait épousé une femme du nom de Féroline. Elle était très grande et d’un teint très blanc, elle ne parlait point et personne ne savait d’où elle venait réellement. Quand elle fut présentée à Havalina, elle se contenta d’un sourire froid, mais la future épouse du prince n’y avait prêtée aucune attention. Havalina attendait avec impatience le jour de son mariage avec le prince, le prince Arlan, héritier du domaine de Lazare. Arlan était le plus beau prince de tout le pays et on se prêtait à dire qu’il n’y avait pas plus bel homme sur cette terre. Havalina essayait des robes dans ce qui était devenu ses appartements, toutes plus splendides les unes que les autres. Soudain, elle s’aperçut que la porte était entrouverte, elle se mit alors à regarder à droite et à gauche, et ne voyant rien, elle se dirigea vers le grand escalier de marbre qui menait à l’étage.

- Il y quelqu’un ?  dit-elle d’un ton timide.

Mais, personne ne lui répondit. Un bruit sourd attira alors son attention, la porte de ses appartements venait de se refermer et un souffle glacial lui transperça le corps. Elle reprit le chemin inverse, rentra dans la pièce qu’elle venait de quitter, il n’y avait personne. Havalina continua à essayer ses robes en se regardant dans la le miroir. Le soir, durant le repas, Havalina semblait soucieuse. Le prince Arlan et le Roi Lazare parlaient de leur journée de chasse quand soudain Féroline se retira sans mot dire. Profitant de l’absence de cette dernière, et emportée par une curiosité innée, Havalina se permit de demander dans quelles circonstances la feue femme du Roi Lazare avait disparue. A ces mots, le roi Lazare serra le verre qu’il avait dans sa main et le brisa, le vin qu’il contenait se repentit sur la table laissant une tâche rougeâtre sur la nappe blanche. Il rugit :

- Je ne veux plus jamais entendre parler de ma feue femme en ma présence, est-ce bien clair !?!

 Havalina, étonnée et inerte, ne savait plus que faire. Le roi sortit de table, et un silence pesant pris place dans le salon. Arlan ne dit mot.

 La nuit, Havalina ne dormait pas, elle songeait à son impertinence et à son indiscrétion. Ne dormant toujours pas, elle mit ses chaussons et se leva discrèment pour ne réveiller personne. Elle descendit le grand escalier de marbre et s’assit devant la cheminée.

- « Havalinaaaaaaaaaaaa ! »

 Elle entendit une voix mais crut qu’elle avait rêvé. Elle ressentit le même souffle glacial que la fois dernière et, prise de panique, elle remonta l’escalier rapidement quand elle croisa Féroline. Cette dernière murmura un son quasi inaudible :

- « Mo…a…lis »

 Havalina effrayée lui demanda de répéter.

- Pardon ? dit elle d’un ton très méfiant.

- « MO…A…LISS » « ASSSSAS… ».

Tout à coup, Arlan sortit de la chambre, Féroline repartit dans ses appartements et Havalina resta prostrée, immobile. Arlan, lui sourit gentiment, la prit par la main et la reconduisit dans ses appartements. Elle garda les yeux ouverts toute la nuit. Les jours passèrent et plus rien ne vint perturber l’équilibre familial. Les noces du prince Arlan et d’Havalina furent célébrées dans les meilleurs conditions [...]

Ajouter un commentaire

Vous utilisez un logiciel de type AdBlock, qui bloque le service de captchas publicitaires utilisé sur ce site. Pour pouvoir envoyer votre message, désactivez Adblock.

Créer un site gratuit avec e-monsite - Signaler un contenu illicite sur ce site